Matthieu Blazy choisit Rome pour sa deuxième collection MÉTIERS D’ART. La ville fut chère à Gabrielle Chanel, qui y noua certaines de ses amitiés artistiques les plus durables. Karl Lagerfeld y avait également posé ses caméras en 2015.
Le 2 décembre 2026, CHANEL présentera dans la Ville Éternelle sa collection MÉTIERS D’ART 2027. Le défilé sera signé Matthieu Blazy, nommé directeur artistique de la Maison en décembre 2024. Pour annoncer le rendez-vous, CHANEL a choisi de diffuser un portrait de Gabrielle Chanel aux côtés de Luchino Visconti. Le geste n’est pas anodin. Il place d’emblée le cinéma italien et l’amitié de Mademoiselle pour le grand cinéaste lombard au cœur du récit. Cette deuxième édition italienne du créateur succède au défilé new-yorkais de décembre 2025, orchestré dans une station de métro désaffectée du Lower East Side. À Rome, le directeur artistique change radicalement de partition. Il ne convoque plus la pop culture américaine. Il revient à une géographie intime de la rue Cambon.
UNE SIGNATURE SINGULIÈRE DE CHANEL
Le rendez-vous existe depuis 2002. CHANEL en a fait un moment à part, hors du calendrier de la haute couture et du prêt-à-porter. Chaque année, en décembre, la Maison célèbre les ateliers de savoir-faire qui subliment ses créations depuis 1985, aujourd’hui réunis sous l’égide du 19M.
Lesage y déploie la broderie. Lemarié y travaille la plume et la fleur. Goossens cisèle l’orfèvrerie et les bijoux fantaisie. Massaro chausse. Montex porte le crochet de Lunéville. Maison Michel coiffe. Causse gante. Paloma forme les chapeaux . Ces ateliers portent une part de l’histoire vivante de la couture française.
Chaque défilé MÉTIERS D’ART se déploie dans une ville en lien avec la biographie de Mademoiselle ou avec la mythologie de la Maison. Dallas en 2013 rappelait son premier voyage transatlantique. Édimbourg saluait l’Écosse du tweed. Salzbourg ressuscitait le souvenir de Sissi. New York, l’an dernier, esquissait l’ouverture américaine de Matthieu Blazy. Rome ferme une boucle plus secrète.
ROME, VILLE CHÈRE À GABRIELLE CHANEL
Gabrielle Chanel découvre l’Italie à l’été 1920. Elle y revient sans cesse pendant un demi-siècle. Rome occupe une place singulière dans cette cartographie sentimentale.
La couturière y nourrit son goût pour la peinture de la Renaissance. Elle y approfondit sa fascination pour l’art antique. Elle y rencontre le cinéma italien, encore en gestation, et elle s’y lie d’amitié avec quelques-uns de ses plus grands artisans à venir. Ces séjours romains nourrissent son imaginaire et marquent profondément son travail.
Rome n’est pas pour Mademoiselle un décor de carte postale. C’est une école du regard.
VISCONTI, UNE AMITIÉ DÉCISIVE
Luchino Visconti, héritier d’une grande famille lombarde, arrive à Paris en 1936. Il fréquente le cercle de Marie-Laure de Noailles, Cocteau, Dalí, Schiaparelli. Il y croise Gabrielle Chanel, qui devient son amie.
C’est Mademoiselle qui présente le jeune comte à Jean Renoir. La rencontre est décisive. Visconti devient assistant et costumier sur Une Partie de campagne en 1936, puis sur Les Bas-fonds. Il y forge son œil, son sens du détail, sa rigueur de plateau. Le néoréalisme italien naîtra quelques années plus tard de cette formation française. Gabrielle Chanel a fait davantage qu’introduire un homme à un autre. Elle a, indirectement, ouvert la voie d’un cinéaste majeur.
L’amitié ne s’arrêtera pas là. Vingt-cinq ans plus tard, à l’été 1961, Visconti rend la pareille à Mademoiselle. Il lui présente la jeune Romy Schneider sur le tournage du segment Il Lavoro de Boccace 70. La couturière, séduite, prend la jeune Autrichienne sous son aile et habille son personnage de la comtesse Pupé. Romy en sortira fidèle entre les fidèles de la Maison. Elle dira plus tard avoir compris, en enfilant son premier tailleur CHANEL, qu’elle ne voudrait plus jamais rien d’autre. (Cette amitié et la rencontre avec Romy Schneider ont déjà fait l’objet d’un article sur Esprit de Gabrielle, à lier ici en maillage interne.)
Cette amitié forme l’un des fils les plus solides reliant la rue Cambon à l’Italie. Elle relie aussi, sans bruit, la haute couture parisienne à la naissance d’un cinéma européen. Que CHANEL choisisse aujourd’hui ce portrait pour annoncer son retour à Rome dit assez la place qu’elle accorde à cette filiation.
2015, KARL LAGERFELD BÂTIT PARIS À CINECITTÀ
Onze ans avant Matthieu Blazy, Karl Lagerfeld avait choisi Rome. Le défilé MÉTIERS D’ART PARIS-ROME 2015/2016 fut présenté le 1er décembre 2015 dans le Studio 5 de Cinecittà, plateau mythique de Federico Fellini.
Le geste relevait de la mise en abyme. Lagerfeld reconstitua un Paris idéalisé en noir et blanc, avec bouche de métro, ruelles pavées, terrasses de bistrot, fromagerie, marchand de vin et cinéma de quartier. Il avait bâti Paris dans la ville qui avait vu naître La Dolce Vita. Le décor saluait Alexandre Trauner, chef décorateur français du Quai des brumes et des Enfants du paradis.
Le défilé fut précédé du court-métrage Once and Forever, signé Lagerfeld lui-même. Kristen Stewart et Géraldine Chaplin y incarnaient Mademoiselle à deux âges de sa vie. Le Kaiser renouait ainsi avec le cinéma italien que Gabrielle Chanel avait tant aimé. Une décennie plus tard, Matthieu Blazy revient sur ces traces, mais d’un pas différent.
MATTHIEU BLAZY, SUR LES TRACES CRÉATIVES DE GABRIELLE CHANEL
Le créateur franco-belge, formé chez Margiela puis Raf Simons, distingué chez Bottega Veneta, occupe la direction artistique de CHANEL depuis sa nomination en décembre 2024. Sa première collection MÉTIERS D’ART, à New York en décembre 2025, jouait l’ouverture inclusive et la pop culture. Rome inverse la perspective.
La capitale italienne n’est pas un terrain de conquête. C’est un héritage. Là où Karl Lagerfeld jouait la pirouette cinématographique, Matthieu Blazy revient à la source biographique de Mademoiselle. Le directeur artistique semble vouloir rejouer la double partition qui fut celle de Gabrielle Chanel : la modernité radicale et l’enracinement dans une histoire personnelle.
Bruno Pavlovsky, président des activités mode de la Maison, a confié à WWD que s’attaquer à Rome est toujours un défi et que la ville représente un sommet. La formule en dit long sur l’enjeu. Rome ne se traverse pas. Elle s’aborde avec une révérence que peu de capitales exigent encore.
Sur les traces créatives de la fondatrice, le créateur trouve à Rome les motifs qui irriguèrent son œuvre. La peinture de la Renaissance. L’art antique. Le cinéma italien des grandes années. Les amitiés qui forgèrent son regard. La traduction couture de cette romanité, confiée au 19M et aux Maisons d’art, sera dévoilée le 2 décembre 2026.
UNE NOUVELLE PAGE ITALIENNE POUR LA RUE CAMBON
Le 2 décembre 2026 ne sera pas seulement un défilé. Ce sera une déclaration d’attachement à une ville où CHANEL enracine une part de sa propre légende. Entre l’amitié de Gabrielle pour Luchino Visconti, le Cinecittà de Karl Lagerfeld et la lecture contemporaine de Matthieu Blazy, Rome occupe une place singulière dans la géographie sentimentale de la Maison.
Mention obligatoire : © espritdegabrielle.com
Crédit photo et vidéo : © CHANEL
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