Raymond Massaro, le chausseur de Mademoiselle, est mort

Temps de lecture : 4 minutes

 

C’est une icône des Métiers d’art qui disparaît.
Raymond Massaro, petit-fils du fondateur de la maison familiale Massaro, est décédé à 90 ans le 5 avril dernier.

L’histoire du bottier Massaro a commencé en 1894 avec Sébastien Massaro et s’est transformée en saga familiale puisque trois générations de maîtres-bottiers se sont succédé rue de la Paix. Ayant intégré la société familiale en 1947, Raymond Massaro a également occupé les fonctions de Président de la Chambre Syndicale Nationale des Bottiers et de Vice-Président du Conseil National du Cuir.

Raymond Massaro est Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur (1999) et Commandeur dans l’Ordre National du Mérite (2014).

 

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« MADEMOISELLE CHANEL FUT LA RENCONTRE PROFESSIONNELLE DE MA VIE »

 

Une collaboration étroite existait avant entre Gabrielle Chanel et Raymond Massaro qui chausse la couturière à titre personnel.

En 1957, quelques semaines avant son défilé, Mademoiselle lui demande d’imaginer un soulier qui allongerait la jambe et raccourcirait le pied. Gabrielle Chanel soutenait qu’avec une seule paire de beige et noir, une femme était chaussée pour toutes les heures du jour et de la nuit. A l’époque, l’heure est aux talons aiguilles : Mademoiselle prône un petit talon de 6 cm. Le bottier crée alors le célèbre escarpin bicolore à bride élastique, au bout légèrement carré avec sa pointe en satin noir.
Une référence vient de naître.

En 1983, Karl Lagerfeld prend les rênes de CHANEL. Une autre rencontre qui marque Raymond Massaro. Pour « Karl », il aimait s’essayer à l’impossible disant : « Mon caractère, c’est de faire ce qu’on ne peut pas faire ; c’est quand on a beaucoup de travail qu’on en veut encore. »

Depuis, les collaborations n’ont jamais cessé : escarpins en plastique transparent, sandales bijoux, plateformes en liège, bottines guêtres, talons perlés. Collaborateur attitré des grands couturiers, la Maison Massaro accessoirise toujours les silhouettes des défilés.

En 2002, la maison MASSARO est devenue le fournisseur exclusif de la haute couture CHANEL.

 

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MASSARO DEVIENT FILIALE DE CHANEL EN 2007

 

Ce lien avec la maison CHANEL aboutira en 2007 lorsque Raymond Massaro vendra l’entreprise familiale à Paraffection, la filliale de CHANEL regroupant des artisans d’exception. Paraffection compte, depuis 1985, le parurier Desrues puis les broderies Lesage, le plumassier Lemarié, le chapelier Michel, l’orfèvre Goossens, le parurier floral Guillet, le brodeur Atelier Montex…, tous fournisseurs de la haute couture et d’un prêt-à-porter de luxe exigeant.

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UN ARTISANAT MÉCONNU

 

Dans les ateliers du bottier, les artisans qu’ils soient formiers, coupeurs, piqueurs ou ouvriers de pied, travaillent à la fois sur les créations couture et sur le sur-mesure.

Après avoir pris les mesures, le formier note les informations esthétiques nécessaires à la fabrication de la forme en bois qui servira de base à la création du soulier. Il faut quatre à six heures pour la sculpter dans le bois de charme ou de hêtre. La commande livrée, elle ira rejoindre les archives de Mas

saro, riches de 6 000 paires de formes, toutes griffées du nom de leurs propriétaires et conservées depuis le début du XXe siècle. Puis le formier conçoit la « première de montage » (la pièce qui se trouvera sous la forme lors du montage de la chaussure) et le talon. Charge au patronier-coupeur de dessiner le modèle sur la forme sculptée par le formier. Son travail doit respecter certaines proportions, la hauteur d’empeigne ou de quartier. A partir du dessin, il assemble les pièces de peau coupées et réalise la tige (le dessus de la chaussure). Le monteur assemble la tige et la semelle. Galbée et tendue sur la forme, la tige doit parfaitement épouser les lignes de la forme pour donner naissance à un soulier ajusté. Parallèlement, l’ouvrier de pied façonne les éléments intérieurs de la tige : contrefort, ailettes et bout dur. Rafraîchir, nettoyer, cirer, patiner, c’est le travail du finisseur/bichonneur.

Chez Massaro, un modèle féminin nécessite une trentaine d’heures de travail et un soulier d’homme en exige près de cinquante.

 

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SECRETS DE BOTTIER

 

 

En 2017, dans le beau libre « Secrets de bottier », Raymond Massaro retrace ses 60 années de carrière et évoque l’histoire de sa maison, initialement fondée par son grand-père en 1894. « Aux pieds des femmes, j’ai appris mon métier », résumait le bottier.

 

 

 

 

 

 

 

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Crédits photos : © CHANEL – © DR

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