La fleur préférée de Gabrielle Chanel n’a pas d’odeur. Le camélia, dont la perfection orne ses créations depuis 1913, garde le silence olfactif le plus complet. GARDÉNIA est né de ce paradoxe. Il s’agit de donner un parfum à une fleur qui n’en a pas, en passant par une autre fleur, qui en a un mais refuse de le livrer.
LA FLEUR SANS PARFUM
Blanc et opulent, le camélia joint la sensualité de ses pétales à la pureté de son dessin. Gabrielle Chanel y voyait l’image d’une féminité pleine et affranchie, celle-là même qu’elle cherchait à habiller.
Sa perfection se posait partout sur ses créations, « en bijou, à la boutonnière ou sur le bord d’un chapeau ». Dès 1913, sur les planches d’Étretat, la jeune modiste porte déjà sa fleur fétiche.
Le choix même de cette fleur dit son caractère. Le camélia s’était piqué au revers des dandys du XIXe siècle avant de passer au sien : une fleur d’homme, adoptée par une femme qui empruntait au vestiaire masculin sa liberté.
Botaniquement parfait, le camélia cache pourtant une infirmité : ses pétales n’exhalent rien. La nature lui a donné le dessin sans le parfum.
1925, LA COMMANDE
En 1925, Paris vit à l’heure de l’Exposition internationale des Arts décoratifs, celle qui donnera son nom à l’Art déco. Gabrielle Chanel règne sur la mode depuis la rue Cambon. Cette année-là, elle demande à Ernest Beaux d’évoquer en parfum son camélia blanc.
La période est faste pour le duo. Depuis N°5 en 1921, le parfumeur enchaîne les créations pour la Maison : N°22 en 1922, Cuir de Russie en 1924, et Bois des Iles suivra en 1926. Par ailleurs, GARDÉNIA s’inscrit au cœur de cette séquence fondatrice, la plus dense de l’histoire olfactive de CHANEL.
La commande de 1925 a pourtant quelque chose d’impossible. Comment traduit-on une fleur muette ?
LE MYSTÈRE DES FLEURS MUETTES
La parfumerie connaît des fleurs qui se refusent. Le muguet en est l’exemple le plus célèbre ; le gardénia en est un autre. Sa fleur exhale un parfum riche et entêtant. Pourtant, aucun procédé d’extraction n’en restitue l’âme : la distillation détruit ce qu’elle prétend capturer.
Le parfumeur doit alors recomposer la fleur de mémoire, par assemblage d’essences naturelles et de molécules de synthèse. Le gardénia des parfumeurs est toujours une fleur reconstruite.
Ernest Beaux réussit là un tour de force. Le camélia prête son image au parfum, le gardénia lui donne son nom, et la composition s’affranchit des deux pour n’en retenir que l’esprit.
L’ACCORD GARDÉNIA
La fleur rêvée se construit sur trois fleurs réelles. Le jasmin, la tubéreuse et l’ylang-ylang dessinent l’accord gardénia. En outre, la fleur d’oranger vient ensoleiller de sa douceur lumineuse.
La signature tient en une phrase : « floral sans être sage, sensuel sans être lourd ». Le parfum a la blancheur des pétales cireux que Gabrielle Chanel épinglait à son revers.
La Maison le range parmi les floraux bouquets intenses et le décrit comme une « création imaginaire ». La formule dit tout : GARDÉNIA n’existe dans aucun jardin. Ainsi, il fleurit uniquement sur la peau.

DISPARITIONS ET RENAISSANCES
L’histoire de GARDÉNIA n’a rien d’un long fleuve. Le parfum originel, un floral aldéhydé dans la lignée directe de N°5 et de N°22, se maintient au catalogue jusqu’aux années 1950. Ensuite, il s’efface progressivement des comptoirs, éclipsé par les nouvelles créations de la Maison.
Il faut attendre 1983 pour que Jacques Polge, Parfumeur Créateur depuis 1978, retravaille la formule. Il réédite alors GARDÉNIA dans le circuit des boutiques CHANEL.
L’année 2007 marque son entrée dans LES EXCLUSIFS DE CHANEL, la collection que Jacques Polge imagine avec le créateur et évaluateur Christopher Sheldrake. Quatre parfums d’Ernest Beaux en forment le socle : N°22, GARDÉNIA, CUIR DE RUSSIE et BOIS DES ILES. Ce quatuor fondateur relie la collection contemporaine aux années 1920.
En 2016, la collection abandonne la concentration eau de toilette au profit de l’Eau de Parfum, un tournant couvert ici même à l’époque.
Le retour de la collection porte enfin GARDÉNIA vers Les Extraits de CHANEL. Un siècle et une année après sa création, le parfum atteint son expression la plus dense.
GARDÉNIA EN EXTRAIT
Sous sa forme d’Extrait, GARDÉNIA se pose goutte à goutte sur les points de pulsation, là où la chaleur du corps déploie ses fleurs blanches. Le cérémonial complet des Extraits l’accompagne : le flacon scellé de baudruche et de cire noire prend place dans un écrin facetté, le coupe-fil en ouvre le rituel.
Cent ans après la commande de 1925, l’audace première n’a pas vieilli : offrir un parfum au camélia, cette fleur parfaite qui n’en aura jamais.
L’Extrait GARDÉNIA est proposé à 380 € le flacon de 30 ml. L’Eau de Parfum GARDÉNIA, au sein de LES EXCLUSIFS DE CHANEL, est proposée à 260 € les 75 ml et à 460 € les 200 ml.
Mention obligatoire : © espritdegabrielle.com
Crédits photos : © CHANEL
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