CACHEMIRE, VOILIERS ET FORÊTS :
LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE DE CHANEL
Comment la Maison s’engage concrètement vers le Net-Zéro 2040,
et pourquoi c’est plus sérieux qu’il n’y paraît
L’HÉRITAGE COMME POINT DE DÉPART
Gabrielle Chanel créait pour durer. Le tailleur en tweed qu’elle a inventé il y a près d’un siècle est toujours porté, toujours copié, toujours désiré. Le flacon N°5 traverse les générations sans prendre une ride. Cette philosophie du « moins mais mieux », du soin obsessionnel apporté aux matières, de la qualité qui transcende les saisons : elle n’est pas si éloignée de ce que la transition écologique demande à l’industrie aujourd’hui.
En 2025, CHANEL publie son tout premier Climate Transition Plan, son plan de transition climatique. Ce document mérite qu’on en tire la substantifique moelle pour celles et ceux qui aiment la Maison sans nécessairement être experts en développement durable.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Quels engagements CHANEL prend-elle ? Sont-ils crédibles face au scepticisme légitime que suscite la communication environnementale des grandes marques ? Et surtout, pourquoi une maison de luxe devrait-elle et peut-elle vraiment, se préoccuper de tout cela ?
Ce Climate Transition Plan n’est pas tombé du ciel. Il est le fruit de plusieurs années de travail, de chiffres audités, d’objectifs validés par des organismes scientifiques indépendants. Déroulons ensemble ce que CHANEL a construit, ce qu’elle s’engage à faire, et là où le chemin reste semé d’embûches.
UNE AMBITION QUI S’EST CONSTRUITE SUR 10 ANS
De Mission 1.5° au Net-Zéro : le fil conducteur
Pour comprendre ce plan, il faut d’abord comprendre d’où il vient. L’engagement climatique de CHANEL ne date pas d’hier, et c’est précisément ce qui lui confère une certaine crédibilité.
Tout commence en 2018, quand CHANEL réalise son premier bilan carbone complet et le soumet pour la première fois à une vérification externe indépendante. C’est un acte fondateur : on ne peut améliorer que ce qu’on mesure, et mesurer honnêtement, c’est déjà s’exposer.
En 2019, CHANEL soumet ses premiers objectifs climatiques à la Science-Based Targets initiative (SBTi) pour qu’ils soient validés selon les critères de l’Accord de Paris. Le SBTi est l’organisme de référence mondial en la matière : son rôle est précisément de vérifier que les engagements des entreprises ne sont pas du greenwashing, mais des trajectoires scientifiquement compatibles avec un réchauffement limité à 1,5°C.
En 2020, CHANEL formalise sa stratégie sous le nom de CHANEL Mission 1.5°, son premier plan d’action climatique structuré. La même année, elle émet 600 millions d’euros d’obligations financières directement liées à sa performance environnementale, ce qu’on appelle des Sustainability-Linked Bonds. Traduction concrète : si CHANEL n’atteint pas ses objectifs climatiques, le coût financier de sa dette augmente. L’argent est donc mis en jeu, pas seulement la réputation.
En 2023, CHANEL franchit une étape supplémentaire en soumettant des objectifs encore plus ambitieux au SBTi : des cibles Net-Zéro, alignées sur le standard le plus exigeant existant à ce jour. Ces objectifs sont validés en 2024.
Et en 2025, ce premier Climate Transition Plan vient documenter la feuille de route complète pour les quinze années à venir.
Ce n’est donc pas une promesse lancée en fanfare. C’est l’aboutissement d’une progression méthodique, mesurée et financièrement engagée. Dans un secteur où le greenwashing reste courant, cette continuité compte.
COMPRENDRE LE BILAN CARBONE DE CHANEL : L’IMAGE DE L’ICEBERG
98 % des émissions viennent d’endroits que CHANEL ne contrôle pas directement
Avant de parler de solutions, il faut comprendre le problème. Et pour cela, une image s’impose : celle de l’iceberg.
L’empreinte carbone totale de CHANEL en 2024 s’élève à 1 123 249 tonnes de CO₂ équivalent, soit, pour donner un ordre de grandeur, l’équivalent des émissions annuelles d’environ 120 000 voitures européennes moyennes. Un chiffre en apparence imposant, mais qui doit être lu avec nuance : CHANEL est une entreprise mondiale présente dans des dizaines de pays, avec des milliers de collaborateurs et une chaîne d’approvisionnement qui s’étend des élevages mongols aux laboratoires cosmétiques de Neuilly.
Les boutiques, les ateliers, les bureaux, les véhicules de société… sont la partie visible de l’iceberg et elle ne représente que 2 % de ce total. C’est ce qu’on appelle les émissions de Scope 1 et 2 dans le jargon du bilan carbone : ce que l’entreprise consomme et émet directement.
La partie immergée, énorme et moins visible, représente 98 % des émissions. C’est le Scope 3 : tout ce qui se passe en amont et en aval de l’activité directe de CHANEL. Les matières premières cultivées ou extraites quelque part dans le monde. Les milliers de fournisseurs qui transforment ces matières. Les transports qui acheminent les produits. Les déplacements des collaborateurs. Les boutiques franchisées dans les aéroports et les grands magasins. La fin de vie des produits vendus.
Ce déséquilibre n’est pas une spécificité de CHANEL : c’est la réalité de toute entreprise industrielle moderne. Mais il a une implication considérable : pour décarboner vraiment, CHANEL doit convaincre, transformer et accompagner des centaines d’acteurs qu’elle ne contrôle pas. Elle ne peut pas simplement « éteindre les lumières » et considérer le problème résolu.
Les principaux postes d’émissions dans cette chaîne sont les suivants, par ordre d’importance :
– les matières premières et emballages pour les produits : 626 797 tonnes, soit 57 % du Scope 3
– les investissements en architecture et mobilier (boutiques, événements) : 222 061 tonnes
– la logistique (transport amont et aval) : 114 239 tonnes
– les voyages d’affaires : 53 292 tonnes
– les commutes des collaborateurs : 27 622 tonnes
C’est sur ce tableau précis, désagréable à regarder mais indispensable à connaître, que repose toute la stratégie.
LES OBJECTIFS CHIFFRÉS : AMBITIEUX, MAIS COMMENT LES LIRE ?
Net-Zéro 2040 : ce que cela veut dire, et ce que cela ne veut pas dire
Le terme « Net-Zéro » est sur toutes les lèvres depuis quelques années, parfois utilisé de façon floue. Chez Chanel, il a une définition précise, calquée sur le Corporate Net-Zero Standard du SBTi.
Concrètement, cela signifie deux choses :
Premièrement, réduire les émissions absolues d’au moins 90 % par rapport au niveau de référence de 2021 et ce, sur l’ensemble de la chaîne (Scope 1, 2 et 3). Ce n’est pas une réduction par euro de chiffre d’affaires ou par produit vendu, ce qui permettrait de « diluer » les progrès dans une croissance du volume. C’est une réduction en valeur absolue : moins de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère, point.
Deuxièmement, neutraliser les 10 % restants par des mécanismes de retrait définitif du carbone de l’atmosphère, principalement via des solutions fondées sur la nature comme la reforestation.
Les jalons intermédiaires sont :
– d’ici 2030 : – 50 % sur les émissions directes (Scope 1 & 2), – 42 % sur la chaîne de valeur (Scope 3)
– d’ici 2025 : 100 % d’électricité renouvelable dans les opérations propres
Un point important, souvent mal compris : le SBTi interdit d’utiliser des crédits carbone achetés sur le marché pour prétendre avoir atteint ses objectifs de réduction. CHANEL ne peut pas « compenser » ses émissions en finançant un projet de plantation d’arbres au Kenya et déclarer mission accomplie. Les réductions doivent être réelles, mesurables et vérifiées dans sa propre chaîne de valeur. Cette règle est centrale à la crédibilité du standard.
Où en est CHANEL aujourd’hui ?
Les émissions de Scope 1 et 2 ont baissé de 22 % depuis 2021.
Les émissions de Scope 3 ont baissé de 10% sur la même période.
Le rythme est encourageant, mais le chemin qui reste à parcourir (atteindre – 90 % d’ici 2040) est considérable. CHANEL le reconnaît elle-même : certaines solutions technologiques nécessaires n’existent pas encore à l’échelle industrielle.
LES 6 CHANTIERS DE LA TRANSFORMATION
Du voilier cargo au cachemire mongol : comment CHANEL se réinvente concrètement
C’est le cœur du plan. 6 grands domaines d’action, 6 chantiers en cours, avec des avancées réelles et des obstacles identifiés.
Chantier 1 — Les opérations directes : l’électricité verte d’abord
(2% du bilan carbone)
C’est le front sur lequel CHANEL a le plus progressé, car c’est celui où elle a le plus de contrôle. La stratégie principale : passer à 100 % d’électricité renouvelable dans ses propres opérations d’ici fin 2025. En 2024, elle en est à 99 %, avec 33 sites qui produisent désormais leur propre énergie solaire.
Mais CHANEL va plus loin que les simples certificats verts, souvent critiqués pour leur manque d’impact réel. La Maison privilégie les Power Purchase Agreements (PPA) : des contrats d’achat d’énergie à long terme qui financent directement la construction de nouvelles installations renouvelables. En 2024, deux PPAs solaires sont devenus opérationnels en Corée du Sud et à Singapour. En France, un PPA physique de 20 ans a été signé, couvrant deux centrales solaires qui produiront un tiers de la consommation française de CHANEL, avec, en prime, des initiatives de biodiversité et d’agroforesterie autour des installations.
Au-delà de l’électricité : transition vers les véhicules électriques, installation de pompes à chaleur, isolation des bâtiments, systèmes de gestion énergétique automatisés.
Chantier 2 — Les matières premières et l’emballage : le plus gros chantier
(46 % du bilan carbone)
C’est ici que se joue l’essentiel de la bataille. Le cuir, la soie, le cachemire, l’or, les ingrédients des parfums et des cosmétiques — toutes ces matières ont une empreinte carbone liée à leur mode de production. Transformer ces pratiques à l’échelle d’une maison mondiale prend des années, parfois des décennies. CHANEL le fait, exemple après exemple.
Le cachemire : depuis 2015, CHANEL Mode travaille avec une coopérative d’éleveurs de chèvres en Mongolie sur un projet de transformation complet des pratiques. Gestion des pâturages, alimentation des troupeaux, bien-être animal. En 2024, les portions amont de cette chaîne d’approvisionnement ont obtenu des certifications biologiques et Fair for Life : une première absolue dans le secteur du cachemire de luxe.
L’or : l’extraction minière de l’or est particulièrement énergivore et polluante. CHANEL Horlogerie & Joaillerie s’est engagée à sourcer plus de 90 % de son or en version recyclée, certifiée par le Responsible Jewellery Council. La Maison travaille également à l’établissement d’une définition harmonisée de l' »or recyclé » à l’échelle de l’industrie, car ce terme recouvre aujourd’hui des réalités très différentes.
Les parfums : l’alcool de blé, ingrédient-clé de nombreuses fragrances, est progressivement remplacé par de l’alcool de betterave issu d’agriculture régénératrice ou de l’alcool de raisin, sous-produit de la vinification. Résultat : une réduction de 44 % des émissions de gaz à effet de serre par kilogramme d’alcool.
Les emballages : le flacon Hydra Beauty Microserum a été allégé de 60 %, réduisant de moitié l’empreinte carbone du produit. Le nouveau parfum Chance Eau Splendide utilise des bandes en aluminium à faible impact à la place du laiton traditionnel. La gamme de produits rechargeables continue de s’étendre : 80 références en maquillage, 20 en parfumerie, 18 en soin.
Chantier 3 — L’architecture et les événements : construire et célébrer autrement
(24 % du bilan carbone)
Les boutiques, les défilés, les expositions, les lancements de produits consomment d’énormes quantités de matières et d’énergie. Deux approches complémentaires.
Construire mieux : la boutique rénovée de Beverly Hills sur Rodeo Drive, ouverte en 2023, a obtenu la certification LEED Platine, le niveau le plus élevé possible pour un bâtiment commercial. Une analyse du cycle de vie a guidé le choix des matériaux de construction, réduisant les émissions de béton et d’acier de 17 %. 98 % des déchets de chantier ont été détournés des décharges.
Réutiliser davantage : lors de l’exposition Le Grand Numéro de CHANEL à Paris, 76 % des décors provenaient de fournisseurs locaux, et 97 % des matériaux ont été réemployés après l’événement, réduisant ainsi l’empreinte globale de 68 %. Pour le lancement de la ligne de soins SUBLIMAGE en Chine, des décors ont été réutilisés dans 15 villes différentes, générant une réduction de 89 % des émissions par rapport à un dispositif classique.
Chantier 4 — La logistique : moins d’avion, plus de mer… et de voile
(10 % du bilan carbone)
Acheminer des produits CHANEL depuis les ateliers français jusqu’aux boutiques du monde entier émet une quantité significative de CO₂, l’avion étant de loin le mode de transport le plus polluant. La stratégie : basculer systématiquement vers le maritime.
Pour la division Parfums & Beauté, la part du transport aérien est passée de 28 % à 17 % entre 2021 et 2024. En Asie-Pacifique, la réduction est encore plus marquée : de 47 % à 12 % sur la même période.
Et pour aller encore plus loin que le porte-conteneurs classique : CHANEL a lancé des pilotes de transport par voilier cargo à propulsion 100 % éolienne, pour des livraisons de produits Mode et Beauté entre la France et la côte Est des États-Unis. L’image est belle, et l’intention est sérieuse, même si cette solution reste aujourd’hui à petite échelle.
Pour les flux aériens incompressibles (certaines livraisons urgentes, certaines routes), CHANEL explore également les carburants d’aviation durables (SAF), en partenariat avec d’autres acteurs de l’industrie.
Chantier 5 — La mobilité verte : les collaborateurs dans la boucle
(7 % du bilan carbone)
Les déplacements professionnels et les trajets domicile-travail de milliers de collaborateurs dans le monde ne sont pas anecdotiques. CHANEL agit sur deux leviers : les voyages d’affaires (un tableau de bord interne permet désormais de suivre et d’orienter les choix de transport) et les modes de déplacement quotidiens.
En France, la Maison finance tout ou partie des abonnements de transports durables et propose un service de vélos électriques. Au Royaume-Uni, un dispositif de leasing de voitures électriques à tarif préférentiel a été lancé pour les collaborateurs. Ces initiatives sont modestes dans leur échelle, mais elles envoient un signal clair sur les valeurs que la Maison veut incarner en interne.
Chantier 6 — L’engagement des fournisseurs : entraîner tout l’écosystème
C’est le levier le plus systémique, et le plus difficile. Les fournisseurs représentent la plus grande part des émissions de Scope 3 (leur contribution se superpose à celle des autres chantiers, ce qui explique que les pourcentages ne s’additionnent pas simplement à 100%). CHANEL ne peut pas atteindre ses objectifs seule : ses centaines de fournisseurs doivent eux aussi se transformer.
La stratégie repose sur trois piliers : communiquer clairement ses attentes (via une politique d’achats responsables), mieux comprendre l’impact réel de chaque fournisseur, et collaborer concrètement pour trouver des solutions.
Exemple concret : le partenariat avec l’Université de Cambridge, déployé en 2024 dans des ateliers de confection en Italie et en France, a permis d’optimiser la gestion de l’énergie et des déchets au niveau de chaque site de production. Autre exemple : en collaboration avec le groupe verrier Pochet (qui fabrique les flacons de nombreux parfums CHANEL), une start-up spécialisée en efficacité énergétique a permis de réduire de 27 % la consommation de gaz d’un procédé de fabrication clé, le recuit des arches.
AU-DELÀ DE LA RÉDUCTION : NATURE, FEMMES ET CRÉDIBILITÉ
La transition écologique ne peut pas se faire sans justice sociale
Même en réduisant ses émissions de 90 %, CHANEL devra neutraliser un résidu incompressible. Pour cela, la Maison mise sur les solutions fondées sur la nature : financer la protection et la restauration de forêts, de zones humides, d’écosystèmes agricoles. Des projets qui retirent physiquement du carbone de l’atmosphère tout en bénéficiant à des communautés locales.
Chanel participe à deux initiatives majeures dans ce domaine. La LEAF Coalition est un partenariat public-privé visant à stopper la déforestation tropicale d’ici 2030 en rendant les forêts vivantes économiquement plus précieuses que les forêts abattues. Le Fonds Livelihoods Carbon Fund 3 finance des projets de restauration d’écosystèmes et d’agriculture durable dans les pays en développement, au bénéfice direct des communautés rurales concernées.
Mais pour CHANEL, la transition écologique ne peut pas se penser séparément de la justice sociale, et particulièrement de la place des femmes. Ce lien n’est pas rhétorique : ce sont souvent les femmes qui gèrent les ressources naturelles au niveau local, qui subissent en premier les conséquences des dérèglements climatiques, et qui portent les initiatives de résilience dans leurs communautés.
En 2024, CHANEL a versé 125 millions de dollars à la Fondation CHANEL, une organisation indépendante dédiée à l’autonomie des femmes et des filles. Depuis 2023, plus de 50 millions de dollars de cette fondation ont été engagés vers des programmes de résilience climatique portés par et pour des femmes : conservation des forêts, agriculture régénératrice, accès à l’énergie propre dans des régions vulnérables.
Un mot sur la gouvernance et la crédibilité : ces engagements ne reposent pas uniquement sur la bonne volonté. Le Conseil d’Administration de CHANEL Limited supervise directement la stratégie climatique. La durabilité est l’un des cinq critères de performance de l’entreprise, aux côtés de la santé financière et de l’expérience client, ce qui signifie qu’elle influe sur les rémunérations variables des dirigeants. Les données climatiques sont auditées chaque année. Et le score CDP de CHANEL, l’équivalent d’une notation financière appliquée au climat, est de A-, niveau « leadership », qui place la Maison dans le peloton de tête de l’industrie du luxe mondial.
LES DÉFIS RÉELS : CE QUE CHANEL RECONNAÎT ELLE-MÊME
Un plan honnête sur ses propres limites
C’est peut-être l’aspect le plus intéressant de ce document : sa franchise sur les obstacles. Un plan climatique qui ne reconnaît aucune difficulté est un plan de communication. Celui-ci est différent.
CHANEL identifie plusieurs obstacles structurels à sa transition.
La dépendance technologique : atteindre – 90 % d’émissions d’ici 2040 suppose que certaines technologies bas-carbone (aujourd’hui à l’état de prototype ou de pilote) deviennent accessibles, fiables et économiquement viables à grande échelle. Le voilier cargo ou le carburant d’aviation durable sont prometteurs, mais pas encore déployables à l’échelle nécessaire.
La dépendance aux fournisseurs : 98 % des émissions viennent de la chaîne de valeur, sur laquelle CHANEL n’a qu’une influence et jamais un contrôle direct. Convaincre des centaines de PME à travers le monde de transformer leurs pratiques est un travail de longue haleine, souvent coûteux pour ces partenaires.
La dépendance aux politiques publiques : décarboner la logistique suppose des infrastructures de transport maritime décarboné. Décarboner l’énergie des fournisseurs suppose des réseaux électriques nationaux alimentés en renouvelable. Ces transformations dépendent des gouvernements, pas de CHANEL.
Le paradoxe climatique : CHANEL le note elle-même, avec une franchise rare, le réchauffement climatique pourrait paradoxalement augmenter ses émissions directes, en accroissant les besoins en climatisation de ses boutiques et ateliers. La cible de – 50 % sur le Scope 1 et 2 d’ici 2030 pourrait être rendue plus difficile à atteindre par le phénomène même qu’elle cherche à combattre.
Reconnaître ces interdépendances n’affaiblit pas le Plan, cela le rend crédible.
LA LONGÉVITÉ COMME VALEUR CARDINALE
Ce qui dure mérite d’être préservé
Revenons à Gabrielle Chanel. Elle avait compris avant beaucoup d’autres que la vraie modernité n’est pas dans la nouveauté pour la nouveauté, mais dans la pertinence durable. Un vêtement bien fait, pensé pour durer, transmis plutôt que jeté : c’est déjà, sans en porter le nom, une forme de pensée écologique.
Le Climate Transition Plan de CHANEL n’est pas un document parmi d’autres. C’est un engagement chiffré, validé scientifiquement par l’organisme de référence mondial, audité annuellement par un cabinet indépendant, et adossé à des mécanismes financiers qui rendent le non-respect coûteux. Il dépend de facteurs extérieurs que CHANEL ne maîtrise pas. Et il demande encore beaucoup de travail.
Mais il est là. Documenté, assumé, rendu public.
Dans un secteur du luxe où la communication environnementale oscille souvent entre le vague et l’approximatif, CHANEL a choisi la précision et la transparence, y compris sur ses propres limites. C’est un choix remarquable.
Pour une Maison dont l’essence est la création et la beauté, s’engager à préserver le monde naturel qui nourrit cette création n’est pas une contrainte imposée de l’extérieur, c’est une nécessité existentielle. Et peut-être, pour celles et ceux qui ont grandi avec l’idée que le style véritable ne se démode jamais, une forme d’élégance.
Mention obligatoire : © espritdegabrielle.com
Crédits photos : © CHANEL
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